Marie de la Ville Baugé: Travailler pour être Libre

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Elena LYSAK

M

arie de La Ville Baugé , artiste et photographe française, qui vit à Moscou depuis 10 ans. Née en France dans la famille artistique, elle a travaillé en mission humanitaire au Cambodge, au Soudan et en Russie. Aujourd’hui cette mère de quatre enfants continue de s’exprimer dans d’art, voyage en permanence, gère plusieurs projets culturels. Son parcours de vie – c’est une histoire de la liberté d’esprit inventée par une femme exceptionnelle.

« Je suis très touchée par la Russie… Mais plutôt par des Russes. »

Marie de la Ville Bauge Artist interview cafe paris

Marie, on s’est rencontré la dernière fois en février 2015, avant l’ouverture de ton exposition à Moscou. Ta vie, est-ce qu’elle a beaucoup changé depuis?

En fait, les choses n’ont pas beaucoup changé, c’est plutôt une évolution. Je suis photographe et artiste, plutôt artiste que photographe. Parce que la base c’est quasiment toujours ma photographie, que je change après comme artiste. Je dessine avec de l’encre, avec du stylo, du crayon… Au départ j’ai beaucoup travaillé avec l’ordinateur, et maintenant c’est plus à la main.

Marie de la Ville Bauge Russian Winter
L’hiver russe. Marie de la Ville Baugé

Et aussi c’est mon évolution au niveau de la technique. Je ne filtre presque pas mes photos, elles sont exposées comme elles étaient prises. Puis je rajoute de la matière, de la texture…

L’idée c’est de ce qu’ils soient accessibles, et que le public puisse avoir des idées non seulement dans un point de vue visuel, mais qu’on puisse aussi l’appréhender en les touchant. Et j’imprime des photos sur la toile pour la peinture, déjà la toile, elle est texturée, tu vois.

Par exemple, j’ai fait une exposition au mois d’avril l’année dernière, c’était sur le thème du bouleau. En fait, c’est une histoire de quatre saisons et de renaissance – comme les femmes se régénèrent au printemps, et comme le bouleau se régénère presqu’en permanence.

Et j’adore ce symbole très fort de la Russie, et il existe plusieurs choses symbolique, le jus du bouleau à boire pour la santé, par exemple…

J’ai appris plusieurs choses sur le bouleau. Encore c’est un arbre qui est très resiliant, et moi, je suis très touchée par la résilience plutôt chez les humains, que parmi des végétaux.

Donc mon exposition c’était une histoire de renaissance de femmes, par exemple. Et en fait, j’ai fait des portraits sur lesquels j’ai collé des morceaux de l’écorce du bouleau, et ensuite je les ai imprimés sur la toile. Voilà…

Donc le but de mon travail c’est plutôt de mélanger des sens. 

Impressionnant! Je vois que tu es très touchée par la Russie.

Oui, bien sûr. Mais plutôt par des Russes.

Marie de la Ville Bauge Russia Winter
Vendeuse sur marché, Russie. Image: Marie de la Ville Baugé

On a rencontré tout à l’heure, avec mon mari Jean-Felix, Madame Antonova, directrice du musée Pouchkine à Moscou.

Et mon mari m’a dit: « Plutôt de nommer des ambassadeurs parmi les diplomates, la Russie devrait nommer Mme Antonova comme Ambassadrice de la Russie. »

Elle est très entreprenante, très dynamique, et très âgée aussi – elle a plus de 95 ans quand même.

Et connaitre elle comme une image de la Russie c’est beaucoup mieux que des images qu’on retrouve parfois dans les médias.

Et quand tes amis Français te demandent de ta vie en Russie, qu’est-ce que tu leur racontes?

Écoute … Moi, en tant que Française qui habite en Russie depuis très longtemps, je pense que quand on me demande je contribue à ce qu’on aime la Russie. Et je fais beaucoup d’efforts pour faire venir des gens à Moscou du point de vue professionnel ou personnel. Cela fait partie de mon travail artistique aussi.

Mais bon… Il y a plusieurs choses qui me touchent ici, beaucoup de projets que j’aimerais bien réaliser.

Marie de la ville Bauge Blue Hour
L’Heure Bleue au Nord de la Russie

J’ai un projet, par exemple, qui s’appelle « L’heure bleue », c’est-à-dire, l’heure du matin au Nord de la Russie, où avant que le soleil se lève et quelques heures après qu’il se couche, tout est totalement bleu !

Et cela donne une atmosphère cotonneuse, mystérieuse.

J’ai aussi un projet sur des villes industrielles. Et j’ai pris des photos des usines qui sont en train d’être détruites ou reconstruites. 

Marie de la Ville Baugé en Russie
Marie de la Ville Baugé en Russie

C’est très lié avec l’époque soviétique, mais c’est un moment qui m’intéresse beaucoup, puisque c’est une histoire qui est en route, qui n’est pas encore terminée.

Là, par exemple, j’ai passé 15 jours à Magadan, et j’ai enfin compris, après 10 ans en Russie, tu vois, les conséquences de la chute de l’Union soviétique. Et l’histoire des GOULAGs et de tous les prisonniers qui ont travaillé dans cette région inhospitalière.

J’ai discuté avec des gens et je trouve que l’histoire n’est pas encore terminée, car il existe beaucoup de gens qui vivent dans la région, qui contribuent aux changements de cet endroit.

Mais en général, tous les sujets de la nature changée, de l’histoire réécrite m’intéressent beaucoup.

 

 « Pour moi le Succès – c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir être libre. »

Dis-moi, à ton avis, quel est le but de l’art? De l’artiste?

Je peux te dire que c’est vraiment une démarche personnelle. Pas forcément égoïste, mais personnelle quand même. Je ne peux pas te parler de l’art en général, mais de MON art.

Marie de la Ville Baugé dans l'atelier d'artiste à Moscou. Image: Andrey Stekachev
Marie de la Ville Baugé dans l’atelier d’artiste à Moscou. Image: Andrey Stekachev

Pourquoi est-ce que je suis dans l’art ?

Pour moi c’est une façon de communiquer, d’exprimer parfois des choses impossibles, et qui sont essentielles pour moi.

J’ai eu d’autres jobs dans mon passé, mais je gardais toujours l’art, parce que c’est proche à mon existence. Ça me fait avancer, réfléchir et c’est très stimulant d’un point de vue intellectuel, dans point de vue manuel aussi.

Et dans ce cas-là, qu’est-ce qui est le Succès de l’artiste?

Écoute… C’est très difficile à dire, et 

ça dépend de la personne, de ce qu’elle veut au départ.

Il y a des gens qui ne veulent jamais s’exposer ou se montrer, qui font leur travail pour soi-même.

Et pour moi…

J’ai discuté au début de mon travail avec un ami commençant, qui m’a expliqué que le fait de travailler et de ne pas commercialiser tes œuvres – cela perd de ses valeurs.

Cette idée m’a été complètement étrangère, mais finalement je me suis prise au jeu. Et c’est un excellent exercice en fait, parce que ça me permet de ma formaliser et de mieux organiser le temps que je prends pour réaliser un tel ou tel objet.

Oui, cela peut être un travail très long, un an, deux ans, donc maintient j’ai une envie de travailler plus vite afin de montrer mes travaux, afin de recevoir une envie des gens. Et en fait, j’ai l’envie de les vendre.

Voilà! Et je ne sais pas ce qui est le Succès, mais pour moi le Succès c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir être libre – c’est mon Succès personnel mais important.

Et puis le pouvoir de montrer mon travail dans un cadre professionnel, à des gens qui ne sont pas forcément du monde artistique, mais qui ont de l’éducation, et auxquels je peux expliquer mon travail.

Ah oui, je trouve que c’est important d’expliquer aux gens tous ce que tu fais!

Parce que si tu ne leurs explique pas – tu perds quelque chose. Dans mon atelier depuis deux ans, j’ai toujours les gens qui passent, et je trouve que c’est extrêmement important de pouvoir leur communiquer. Je discute avec eux – c’est aussi le plaisir de la vie!

Mais en fait, ton Succès à toi, c’est quoi? La reconnaissance?

Oui! C’est sentir un intérêt. Oui!

Marie de la ville Bauge Interview talk Paris cafe

Est-ce que cela veut dire que le Succès vient de l’extérieur? Ou plutôt de l’intérieur, comme une sorte d’auto reconnaissance?

Non, je ne pense pas …. Moi, par exemple, j’ai des doutes de moi en permanence. Depuis toujours – c’est l’éducation que j’ai reçu dans ma famille, à l’école. Et je pense que c’est un défaut – au lieu de m’apprendre à être sure de moi-même, on m’a appris d’avoir des doutes. Et ces doutes, je les ai encore ! Tu vois, j’ai presque 40 ans!

Donc je doute en permanence, mais il y a parfois des signes extérieures – des clients, des admirateurs, et des gens qui juste m’encouragent, qui me poussent à l’action.

Non, non… Le Succès, je le sens de l’extérieur.

« Ce sont mes enfants qui ont décidé pour moi comment il fallait les éduquer. »

Écoute, je suis très étonnée! Toi, artiste célèbre, aimée et connue dans le monde! Femme belle et brillante, tu ne peux pas avoir des doutes de toi…

Mais c’est moi, c’est dans ma nature. Et c’est lié à l’éducation que j’ai reçue, parce que dans ma famille on ne met pas en valeur des gens. On est très réservé, on ne parle pas du Succès ou des choses qui se passent bien. Et à l’école – c’était la même chose : on ne se met pas en valeur. Voilà!

Et avec tes enfants, quelles valeurs tu leur inventes?

Pour mes enfants j’essaye de le faire différemment, mais c’est difficile d’aller contre sa nature! Et différemment c’est-à-dire de les mettre en valeur, en leurs donnant confiance en eux! En les poussant dans les domaines dans lesquelles ils sont bons.

Tu as un fils et trois filles. Est-ce que c’est différent d’élever les garçons et les filles?

Je ne crois pas … Mais en l’occurrence, je ne pense pas du tout que c’est toi qui décide ! Ce sont mes enfants qui ont décidé pour moi comment il fallait les éduquer.

Marie de la ville Bauge Interview notes

Ils ont leur propre nature quand ils naissent, ensuite ils évoluent bien sûr, mais ils ont déjà des traces très profonds.

L’éducation que je leur donne – c’est quelque chose qui viens de s’ajouter à leur personnalité, mais la principale – c’est leur personnalité.

Mais la chose principale que tu donnes aux enfants?

Qu’est-ce que je leur donne ? Je leurs donne des cadres, des rails, et au terme de ces cadres – une grande liberté. En revanche, si je ressens qu’il y a des certaines choses pour lesquelles ils sont capables, j’essaye de les pousser vers cela pour les faire évoluer. Voilà !

Par exemple, mon fils de 18 ans a un esprit assez aventurier, et donc il a fait un stage l’année dernière à Barnaoul. C’était une super expérience pour lui, pendant que ses copains étaient au soleil à Côte d’Azur.

Voilà, je te donne un exemple, mais cela existe c’est comme ça : j’essaye de comprendre, de sentir qu’est-ce qui leur plait, qu’est-ce qui les équilibre, pour puis les pousser vers ça.

Donc la liberté c’est l’essentiel dans la vie?

Marie de la Ville Baugé dans l'atelier d'artiste à Moscou. Image: Andrey Stekachev
Marie de la Ville Baugé dans son atelier à Moscou. Image: Andrey Stekachev

Ah oui… Pour moi oui.

Ils ont quel âge, tes enfants?

Presque 18, 13, 7 et 4. Toujours avec le même homme, mon mari.

Une belle famille, je dirais. Et vous vous êtes rencontré comment avec ton mari?

D’abord, j’étais à l’école avec son frère, et mon mari étudiait le droit à ASSAS (Université Panthéon-Assas, héritière de l’ancienne Faculté de droit et de sciences économiques de Paris).

Un jour ils ont organisé une journée pour des amis, et on s’est connu là-bas. Donc on s’est connu depuis longtemps.

Nous partageons beaucoup de chose, en fait, nous faisons presque tout ensemble.

Et au quotidien ? Le ménage peut-être?

Non, pas forcément le ménage …

On partage tout au quotidien: il élève nos enfants, j’élève nos enfants. Je ne fais pas du ménage, il ne fait pas du ménage – on a choisi cette manière pour pouvoir travailler.

J’ai toujours besoin d’aide pour soulager de la maison, pour s’occuper du ménage. D’ailleurs on a toujours des nounous, depuis notre premier enfant. Et avec mon mari on partage plutôt des projets.

« Mon secret c’est qu’il faut trouver un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. »

Tu as beaucoup de projets. Comment tu organises ton temps?

Je voyage beaucoup, seule et avec des enfants. On est des grands voyageurs, je dirais. Quand je suis à Moscou je travaille dans mon atelier – dès le matin jusqu’à 18 h non-stop, je déjeune sur place très vite pour ne pas perdre le temps. Donc voilà…

Marie de la Ville Baugé dans l'atelier d'artiste à Moscou. table
Dans l’atelier d’artiste à Moscou.

Je peux être devant mon ordinateur, ou à travailler avec mes crayons, ou avec ma machine à coudre. Voilà, je travaille comme ça.

Et au cours d’organisation des expositions je rencontre avec des gens – cela prend du temps aussi.

D’après ça, le secret de ton Succès c’est aussi d’être capable de travailler? D’être bosseuse?

Ah oui ! Je travaille beaucoup, j’aime travailler, j’ai besoin de travailler. Ça choque parfois des gens qui disent : « Ça sert à rien d’avoir des enfants si on est toujours au travail! »

Mais moi, je ne me pose pas cette question …

Après oui, en Russie c’est très-très mal vu, de ne pas s’occuper des enfants tout le temps.

Mais bon, je n’abandonne pas mes enfants, et j’ai besoin de travailler. Voilà. Mon secret si tu veux, 

c’est qu’il faut trouver un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. Et de ne pas se laisser influencée par des gens qui me disent que ce n’est pas comme ça qu’il faut vivre.

Et ton mari, j’imagine qu’il te soutient ?

Effectivement pour ça je suis très soutenue par mon mari. Parce que mon mari ne me dit jamais: « Ce n’est pas possible, tu voyage trop, ne t’occupes pas des enfants »

Bon je dirais que mon secret c’est non seulement un équilibre, mais aussi c’est d’être accompagnée par des gens qui te comprennent.

« Le meilleur endroit pour moi pour se calmer c’est mon lit. »

Tu es vraiment magnifique ! Et avec tout cela, comment tu te reposes?

Je me mets au lit. C’est vrai!

Le meilleur endroit pour moi pour se calmer c’est mon lit. Après oui, j’ai besoin de temps en temps de partir en vacances, au soleil. Et voir du vert, car on ne voit presque pas du vert à Moscou depuis octobre…

Marie de la Ville Bauge Interview in Paris 2017

Imaginons ta journée de rêve. Qu’est-ce que tu fais?

Ma journée de rêve se fait… dans un endroit frais, mais ensoleillé. Dans mon lit, sous une couette bien propre avec des jolis draps en coton. Avec des choses autour : des livres, le radio, de la musique, un peu de silence… À regarder une vue avec mes enfants qui entrent et sortent, et qui discutent sur des différents choses.

Excuse-moi… Au lit tu es toute seule ou avec …

Effectivement au lit je suis avec mon mari! On discute. Et les enfants sont toujours là, dans la famille avec quatre enfants c’est quand même présent.

Comment tu trouves, est-ce que c’est possible d’être heureux sans famille, quand on est tout seul?

Je ne parle pas de moi, mais oui, c’est tout à fait possible. Après on ne comprends pas trop comment chaque personne fait son propre choix dans sa vie personnelle… Et on ne peut pas donner des conseils comment il faut vivre.

« Si tu veux faire quelque chose, il faut y aller … et parfois il faut se mettre en danger. »

Mais à nos lectrices, est-ce que tu pourras leurs donner un conseil ? Surtout à celles, qui veulent changer la vie, mais qui n’osent pas le faire?

Il y a un moment où il faut se prendre en main.

Je serai peut-être un peu dure, mais quand même : si tu veux faire quelque chose, il faut y aller. Il faut une petite tape sur les fesses, quoi.

Il faut essayer, il faut rencontrer des gens, et parfois il faut se mettre en danger.

Notre mode de vie à nous c’est de se mettre assez souvent dans les situations qui ne sont pas très confortables, mais qui nous poussent à aller au bout de nous-même.

Quand j’ai travaillé dans l’humanitaire avec mon mari, au Cambodge, au Soudan, et ensuite en Russie, il y avait tellement de situations désagréables.

Mais mon choix c’est de se mettre en situations qui me poussent à mieux se réaliser. Aujourd’hui en regardant notre famille je vois qu’on a de quoi être fière, mais de temps en temps il faut se pousser.

Cela veut dire que c’est important d’avoir du courage, d’être courageuse?

Pas forcément du courage. Moi, je n’ai pas besoin d’en avoir beaucoup dans ma vie, parce qu’on a été confortable. Parfois avoir du courage c’est une question de survie, mais je ne parle pas pour moi.

En revanche j’ai toujours eu un peu d’audace.

« Le matin je mange ce que mon mari me sert au lit … depuis 20 ans de mariage. »

Bon. Dis-moi, est-ce que tu es heureuse?


Bah, oui… Écoute, une question très difficile pour des gens qui doutent tout le temps.

Marie de la Ville Baugé dans l'atelier d'artiste à Moscou. Image: Andrey Stekachev
Marie de la Ville Baugé dans son atelier à Moscou. Image: Andrey Stekachev

C’est une question que je ne me pose pas. Mais si je me la pose…

Surement !

Question plus philosophique : Quels sont ta plus grande qualité et ton plus grand défaut?

J’ai déjà dit, mon défaut c’est ce que je doute beaucoup de moi. Quelque chose d’autre?

Je suis très sensible, voir même susceptible. À la fois c’est très bien, notamment pour un artiste, mais la susceptibilité c’est quelque chose qui rejoint des doutes. Tu peux te laisser influencée très facilement par l’extérieur. Mais je dirais que ce n’est pas forcément un défaut – c’est une faiblesse.

Et après, qualité, force …

« Je pense que j’ai une grande force – j’ai une force auto-motrice. »

Et peut-être une force motrice pour des autres – pour mon mari, pour mes enfants, pour des gens avec qui je collabore … J’espère.

Où tu trouves ton énergie, ton inspiration?

Je travaille.

C’est comme un moulin, qui trouve son énergie dans l’eau, et à la fois qui produit cette force pour faire autre chose.

Donc je travaille, et c’est rare que je m’arrête. Par exemple, quand je reviens du voyage le premier jour c’est extrêmement difficile, et c’est là que je m’arrête. Mais ce n’est qu’un seul jour, après je recommence.

Et la procrastination, tu la connais?

Oui, je connais la procrastination ! Et ça m’énerve, je ne suis pas contente.

Pourquoi? Parce que j’ai une façon de travailler assez impulsive, et quand je me sens procrastinée, je ne peux pas le faire tout de suite. Cela m’agace, oui.

Alors, je me prends en main, et je finis toujours par le faire, mais ça me prend plus de temps que d’habitude.

Parlons de ta journée. Comment tu l’organises?

Je me lève à 8h 30 – 9h. Je ne fais pas de la gymnastique, je me prépare assez vite. Et après … ça dépend vraiment de la situation, parce que j’ai deux modes de fonctionnement – à Moscou et ailleurs.

À Moscou je vais à mon studio où je déjeune rapidement. Mon déjeuner?

Je mange quelque chose de sain – c’est difficile, mais j’essaye de manger sainement et de faire manger sainement mes enfants.

Cela prend du temps, mais c’est très important de savoir que mes enfants mangent de tout et de bonne qualité.

Et qu’est-ce que tu manges au petit-déjeuner, en fait?

Le matin je mange ce que mon mari me sert au lit. Figure-toi ! Car depuis 20 ans de mariage je mange mon petit déjeuner au lit. Sauf qu’il n’est pas là, je suis obligée de quitter mon lit afin de me préparer un café.

Bon, je mange comme tous les Français, deux tartines avec du beurre et de la confiture. Et un café – un grand-grand bol de café.

Et en général, mon mari me fait une conversation – lui, il parle, moi, je ne parle pas. Et quand je finie de manger, je me prépare pour s’en aller.

Et le sport, est-ce que tu pratiques le sport?

Je fais un peu du vélo pour me déplacer à Moscou, mais c’est aux mois de printemps-été.

Après du yoga, et cette année j’ai commencé de zumba, 2-3 fois par semaine. Et c’est très drôle – une autre façon de pratiquer le sport.

En général, j’aime bien les sports qui sont physiques – ski, vélo … mais à Moscou je ne les fais pas beaucoup. Tu vois, le sport en salle – ça m’ennuie beaucoup.

Et la vie à Moscou, est-ce que c’est difficile pour toi?

Marie de la Ville Bauge artiste francaise
Kolyma, Russie. Marie de la Ville Baugé.

Ah, non-non!

Ce n’est pas une contrainte, sinon – on ne serait pas restés ici si longtemps.

On est extrêmement libres de faire ce qu’on veut, et on n’est pas expatriés par une entreprise.

Et c’est pas du tout une contrainte, c’est un choix fait par le travail de nous deux. Si on a envie de partir, on peut partir n’importe où ailleurs, mais Moscou – c’est un endroit unique ! Puis c’est pratique – non-loin de Paris, nous pouvons aller voir nos amis, ils peuvent nous visiter. Et les amis – c’est très important pour nous!

Est-ce qu’il y a des choses pour lesquelles il te manque du temps?

Oui. Et ce ne sont pas vraiment des choses quotidiennes … Je me suis rendue compte que les moments de l’enfance de mes enfants passent extrêmement vite. Donc il me manque du temps pour ça, et j’aurais aimé pour que ça soit plus long. Voilà ! C’est tout.

Marie, je te remercie pour cet interview. On peut te trouver ou?

Images: Marie de la Ville Baugé, Andrey Stekachev, MadameSuccess.com (Anastasia Rufin/Natalia Yurevich)

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