Svetlana Koulakova: Le sport féminin selon les lois masculines

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Par Elena LYSAK

La championne russe Svetlana Koulakova (« koulak » signifie « poing » en russe) est une des boxeuses les plus titularisées de monde. Son attitude positive et son dévouement envers sa famille sont en harmonie totale avec son caractère de combattant et de femme réussie.

Je vois comment les yeux de mes adversaires s’arrondissent sur le ring

Les sujets les plus importants:

Svetlana Koulakova: Championne mondiale de boxe 2016
Svetlana Koulakova: Championne du monde IBO 2016 des poids super legers.
  • L’entrainement d’une championne
  • Les combats et titres de Svetlana
  • Qu’est-ce que c’est le « Shadowboxing »?
  • Ses entraineurs
  • Comment elle a rencontré son mari
  • La naissance de leur fille
  • Comment devenir un champion
  • L’école de boxe
  • Les techniques de boxe
  • Exercices efficaces
  • Petit déjeuner d’une championne
  • L’organisation de la journée
  • Sa solution contre la procrastination
  • Comment être heureux

Svetlana, je te remercie pour le temps trouvé pour notre conversation sur Skype.

Je t’en prie. Je suis actuellement en camp d’entrainement dans la région de Krasnodar, nous sommes en préparation pour les compétitions – maintenant c’est la période de la préparation physique générale.

Nous allons dans les montagnes, nous faisons des pompes, des tractions, et également du shadowboxing, bref, tout est dans l’esprit du film « Rocky ». Tu l’as surement vu ?

Oui, plusieurs fois. Qu’est-ce que c’est le shadowboxing ?

C’est mon exercice préféré.

Je me représente l’adversaire et je mène mon combat avec cette rivale imaginaire. Le matin j’en ai une, le soir une autre. Et ensuite pendant la journée, je suis toujours en train de faire ce combat contre un ombre – dans la conversation avec mon mari, maintenant avec toi. Tu vois, c’est tellement beau!

C’est comme une danse qui est particulière pour chaque boxeuse. Mais en général… toute ma vie est ce combat contre un ombre..

Tant que je me souviens, j’ai toujours été soutenue par beaucoup de monde et je leur suis tellement reconnaissante ! Quelqu’un m’a donné un coup de pied au derrière au bon moment – c’est aussi important. Avant la boxe il y avait aussi le kick-boxing dans ma vie.

Svetlana Koulakova championne de Boxing et Kickboxing
Svetlana Koulakova! Elle a gagné!

Oui et d’après de nombreux experts tu es vraiment allée au sommet dans ce sport.

Le kick-boxing c’est ma coquille, j’ai grandi avec.

La Fédération du kick-boxing de la Russie m’a beaucoup aidé et s’ils m’appellent un jour au cas de besoin, j’irai sans hésiter. Car 

C’est le monde ou j’ai énormément appris et où j’ai toujours été soutenue

Tout à fait, j’ai tout atteint dans le kick-boxing, on ne gagne pas beaucoup d’argent là-dedans, et en plus ce n’est pas un sport olympique.

Et la boxe – c’est classique. Tous les combats les plus connus sont les combats de boxe et même

Tous les films sont tournés sur les boxeurs.

D’accord, alors on continue à parler boxe. Je voudrais te féliciter pour le titre que tu as gagné le 3 décembre 2016 – Championne du monde pour le titre vacant IBO (International Boxing Organization) des poids super légers.

A vrai dire, c’est un titre prestigieux, mais il y aura encore plus prestigieux un peu plus tard. Mais le plus important c’est les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 ou je compte participer. Et mes entrainements actuels – c’est pour mes projets du 2020. 

Je commence maintenant et je ferai partie de l’équipe de Russie à peu près deux ans avant les JO.

Entretemps je me consacre à gagner de l’argent, tu comprends que c’est ma source de revenues.

Mais le titre de Championne du monde peut-il être contesté par une autre personne?

Bien sur. Le titre peut être contesté 6 mois plus tard, mais uniquement si il y a une prétendante. Mais ce serait bête pour n’importe qui d’essayer… et elles n’essaient même pas ! Mais mon manager est en recherche d’une bonne adversaire.

C’est intéressant comment tu dis : « Ce serait bête d’essayer ». Tu fais tellement peur?

Non, mais tu comprends, tout le monde dit:

Payez-moi plus pour combattre contre Koulakova

et personne ne veut combattre pour les tarifs actuels. Je suis prête pour faire des combats – mais personne ne vient!

Il y a aussi une chose – celles qui sont à mon niveau ou plus fortes, 

Svetlana Koulakova boxeuse russe
Svetlana Koulakova: Le ring c’est mon chez moi!

sont souvent occupées. Et celles qui sont plus faibles – je n’en ai pas besoin.

Par exemple, je suis à la 4eme place mondiale, et mon adversaire principale est 2eme. On a déjà eu un match nul et je me prépare pour le deuxième combat. Et c’est ma priorité pour aujourd’hui.

Ok, j’ai compris. Chaque sportif a sa particularité, un trait spécial… Qu’est-ce qu’on dit de toi dans l’univers sportif?

On dit souvent : « C’est une jolie fille, ce n’est pas sérieux », mais ce n’est qu’au premier abord. Et ensuite je vois sur le ring, comment les yeux de mes adversaires s’arrondissent et elles comprennent que justement cela devient très sérieux.

Et en plus je suis une maman. J’ai une voix intérieure qui me dit: « Il y a une autre femme qui vient sur mon territoire et qui essaie de me battre devant mes propres spectateurs? Hein, ca va pas, tu es chez moi! »

Le ring c’est mon chez moi, j’ai grandi ici… et elles viennent comme ca…

D’abord il y a une allemande qui est venue – en mai 2015. Toute fière avec plein de titres, 11 KOs… Elle m’a vue et elle a eu peur ! Elle s’est mise en défense et ne m’a pas laissé m’approcher pendant tout le combat.

Et elle a disparu juste après le combat, sans dire au revoir. Elle s’est volatilisée!

Mais avec la Française Prisca Vicot c’était autre chose, je me suis battue contre elle pour mon titre d’IBO. J’ai appris par la suite qu’elle était gendarme, c’est trop fort!

C’est intéressant, toutes les adversaires sont différentes. Et comment tu te prépares pour tel ou tel combat?

J’ai une équipe d’entraineurs qui étudient mon adversaire potentielle, pour voir quelle technique utiliser avec elle.

D’abord c’est la préparation physique générale, pour prendre de la masse musculaire et de la force, qui est suivi par la préparation physique spéciale. Et ensuite ce sont des sparrings, on fait 100 sessions. Je veux dire, dans le combat je boxe 10 rounds de 2 minutes chacun et pour me préparer je fais 100 rounds probatoires.

C’est pendant toute l’année? Ou il y a une période spéciale?

C’est juste avant le combat. Et la durée de préparation dépend de la complexité du combat.

Par exemple, nous nous sommes préparés pendant 4 mois pour le combat contre Prisca Vicot. C’était dur. Nous avions 4 prétendantes, mais nous avons choisi Prisca, elle était 11ème du classement.

Il y a combien de personnes dans ton équipe?

Mon entraineur de la préparation et un entraineur technique plus 2 masseuses, deux filles, car je ne fais pas confiance aux mains d’hommes.

J’ai commencé à faire des KOs après avoir connu mon mari.

Je sais que ton mari est un de tes entraineurs. Vous vous êtes mariés d’abord ? Ou vous avez travaillé ensemble avant?

Svetlana Koulakova boxeuse russe avec son mari
Svetlana Koulakova avec son mari et l’entraineur, Igor.

D’abord nous sommes tombés amoureux, ensuite nous nous sommes entrainés ensemble et après on s’est marié.

On est ensemble depuis 2006, on s’est connu dans la salle de boxe ou je suis venue pour me préparer pour le Championnat d’Europe. Et après notre rencontre j’ai commencé à faire des KOs – j’en ai eu 4 très rapidement.

Avant ca je n’étais pas très stable, et la c’est devenu bien équilibré et rangé. Et voila, on s’est marié et en 2008 notre fille Katia est née.

Tu mènes une vie très active, beaucoup de voyages, d’entrainements. Qui garde ta fille quand tu pars?

Katia a grandi avec les parents de mon mari, mais ils ont déjà décédé….

Mais elle est grande maintenant – elle a 8 ans et elle fait beaucoup de sport. Pas uniquement la boxe – non, elle aime bien tout.

Svetlana Koulakova boxeuse russe et sa famille.
Svetlana Koulakova et sa famille.

Et si on me demande si Katia ferais du sport plus tard. Oui, elle sera Championne Olympique, mais je ne sais pas encore dans quelle discipline. Je la laisse décider. Mais elle a des capacités pour la boxe, elle est gauchère et elle met de bons coups! Comme ses parents!

Elle est grande et assez lourde pour son âge et quand je perds du poids avant les combats, je porte ses vêtements. Et en plus elle est très déterminée.

Sa détermination vient de vous?

Je ne pense pas que ce sont des gènes miracles, 

Svetlana Koulakova avec sa fille Katia
Svetlana Koulakova avec sa fille Katia

juste elle est née quand nous étions au sommet de notre forme tous les deux, j’avais 25 ans, Igor 27 ans.

Je pense que l’on ne va pas s’arrêter la, on aura encore des enfants, mais après les JO, quand je passerai de l’autre coté de la barrière et deviendrai entraineuse.

Tu voudrais ouvrir ta propre école de boxe?

Oui, sans doute, je le veux ! Igor travaille déjà dessus, nous avons commencé à chercher des jeunes sportifs pour notre école, mais je ne peux pas lui donner mon nom pour l’instant, ce sera après que ma carrière sportive soit terminée.

Mais même maintenant la chaine de télévision NTV tourne un documentaire sur ma vie. Cela fait partie d’une série de documentaires sur les gens connus en Russie.

Après la naissance de ma fille toutes mes victoires ont un autre gout!”

Sveta, mais tu es une vraie star!

Mais non. Quand je viens dans mon salon de beauté habituel, les filles me demandent : « Quand est-ce que vous avez senti que vous étiez célèbre? » 

Et je réponds : « Mais c’est n’importe quoi! » 

Je pense que des chanteurs peuvent le sentir : il se réveille un bon matin et sa chanson devient un tube, ce n’est pas comme ca chez nous – on s’entraine et c’est tout.

Bon, peut-être quand je gagnerai la médaille d’Or aux JO, je me dirai: « C’est génial! »

Svetlana Koulakova boxeuse russe sur le ring
Svetlana Koulakova sur le ring

Et le moment de la victoire – comment est-il ? Comment le ressens-tu?

Maintenant je n’ai plus de moments pareils. Je pense plutôt si j’avais bien mené le combat, si j’avais accompli toutes mes taches, plus les émotions à ce niveau la.

Tu sais, j’ai été extrêmement heureuse quand ma fille est née.

Après ca toutes mes victoires sont passées au second plan. 

Svetlana Koulakova boxeuse russe avec sa fille Katia
Svetlana Koulakova avec sa fille Katia

Avant je me disais : « Je suis championne du monde ! », maintenant j’ai changé.

Etre mère nous fait surement changer d’idées sur beaucoup de sujets. Je me réveille, je vis, je me  fais plaisir en faisant de la boxe.

Et le combat – c’est accomplir la tache pour l’entraineur, tout faire tranquillement et même en rire après.

Je fais le show – pour mes spectateurs bien aimés, pour les fans qui m’écrivent.

Qui sont tes fans?

Il y en a plein. Adultes et enfants, hommes et femmes. Les mamans des enfants qui s’entrainent, les entraineurs eux-mêmes. 

Tiens, aujourd’hui, il y a un entraineur qui m’écrit: « Svetlana, dites-moi s’il vous plait, à quoi faut-il faire attention pour travailler avec des filles? »

Je ne lui ai même pas répondu. Mais plus sérieusement, ce n’est pas facile d’entrainer les filles. Il y a des hormones qui rentrent en jeu.

Tu penses qu’une femme ne peut pas se contrôler?

Non, c’est impossible de se contrôler en permanence.

Pourtant la boxe c’est différent.

Pour moi chaque combat est un show, une fête, et je n’ai pas envie de la gâcher avec des caprices.

Le premier jour nous avons une conférence de presse, le deuxième jour on nous pèse et le troisième jour c’est le combat. Et tout ceci est une vraie fête!

Et le lendemain matin qu’est-ce que tu ressens?
Svetlana Kulakova Boxing Fight

Tu ne me croiras pas, mais après le combat du mois de décembre, nous nous sommes écrits avec mon prêtre et il m’a dit: « Svetlana, viens, je t’attends ».

Tout le monde chez moi dormait et moi j’étais tourmentée à cause du combat. Je n’ai pas dormi et à 7h du matin j’étais venue à l’église, avec un cocard. Tout le monde a pensé : « Elle se fait battre par son mari, on devrait peut-être l’aider… »

Bref, nous avons discuté avec mon prêtre, on a sonné les cloches, et mon tourment est passé.

Donc tu es croyante. A quel âge as-tu été baptisée? 

Oui, je suis avec Dieu.

J’avais 11 ans quand on m’a baptisée – l’âge de conscience, mais je ne comprenais pas trop à l’époque ce que cela impliquait. C’est vers 32 ans que j’en ai pris pleinement conscience.

Et ensuite j’ai eu des périodes difficiles: des maladies etc, mais je tenais bon. Et mon prêtre m’avait toujours beaucoup soutenue!

Et qu’est-ce qu’il pense du fait que tu tapes les gens, leur fais mal?

Il me dit clairement : « Ne cogne pas trop fort, mais pas trop faible non plus ! » Et il est mon prêtre adoré, on s’aime et on se comprend.

Si quelqu’un crie fort pendant le combat – c’est surement ma maman!”

Ton nom de famille va à merveille avec ton métier. Mais le nom c’est avant tout, les parents, les traditions familiales. Il y a eu des boxeurs dans ta famille?

Mon père en a un peu pratiqué, il a eu quelques combats dans notre ville. Maintenant il est très fier de moi, mais je ne peux pas dire qu’il m’avait énormément soutenue au début.

C’est plutôt ma mère qui a toujours été derrière moi. Quoique maintenant je ne la laisse pas regarder mes combats, c’est trop d’émotions pour elle. Et si il y a quelqu’un qui crie fort pendant le combats – c’est pratiquement sur que c’est elle. En prenant en compte son âge, vaut mieux qu’elle suive tout à la télé.

Elle s’inquiète que tu aies mal?

Oui, ma mère croit qu’une autre fille peut me tuer. Elle s’inquiète pour la beauté de mon visage, a peur que quelqu’un me défigure. 

Elle ne voit pas comment je travaille en entrainements, comment je me prépare. C’est maman, c’est normal.

Et quand Katia ira faire de la boxe, tu seras inquiète aussi?

Ecoute, quand Katia ira au combat, je suis sure que son père ne la laissera pas y aller tant qu’elle ne sera pas prête. Je sui sure que Katia ira sur le ring bien préparée.

On nous avait déjà proposé de participer dans un tournoi pour enfants, mais mon mari a dit que c’était trop tôt pour elle. Igor la regarde de point de vue entraineur, il connait tout cela.

Svetlana Koulakova avec son mari et sa fille
Svetlana Koulakova avec son mari et sa fille

Je pense que cette question est importante pour beaucoup de parents. Qu’en penses-tu, qu’est-ce qu’il faut faire pour élever un champion?

Bon, tu sais… Un champion ce n’est pas uniquement le vainqueur dans le sport, mais également une bonne personne.

Et à part ca, c’est une personne forte et autonome, capable de tenir le coup dans n’importe quelle situation. Et dès le début il faut apprendre à l’enfant de savoir prendre les décisions, petit à petit, du simple au plus compliqué. 

C’est comme ça que l’on élève Katia – sans lui donner des solutions toutes prêtes, on la dirige plutôt à décider elle-même.

Tes parents t’ont élevée de la même façon? Quelle est leur contribution dans le fait que tu sois championne aujourd’hui?

Mes parents m’ont donné la vie et j’ai fait le reste moi-même.

C’est difficile de citer quelque chose de concret, je pense que j’ai juste appris sur leur erreurs, j’ai fait des conclusions.

Par exemple, ma mère ne s’est jamais penchée sur ses échecs – elle les connaissait, mais n’a jamais cherché à les corriger. Mais elle voulait que sa fille ait le maximum – c’est pour ca que j’ai cet esprit de vaincre mes échecs et mes frustrations.

Et quand on me dit que je ne réussirai pas – cela me motive encore plus, cela me met la barre très haute.

Tes victoires et tes titres – cela te demande de travailler dur et d’être concentrée en permanence. Quel est ton secret – comment tu te concentres avant un combat important?

Je me souviens toujours de mon tout premier combat. C’était une compétition mondiale et notre arbitre m’a dit la phrase suivante:

Alors, tu tapes ou tu vas te faire taper

Et c’est le plus important – avant chaque événement 

Tu dois décider si tu te laisses taper ou tu deviens vainqueur. Dans le sens propre ou figuré.

C’est mon secret de concentration.

Sveta, tu parles souvent de la boxe « intelligente » dans tes interviews. Pourrais-tu nous expliquer s’il te plait?

« La boxe intelligente » – c’est la façon de mener le combat quand tu n’as pas forcément un coup qui met ton adversaire KO, mais tu fais ton coup dur pile au moment ou ton adversaire n’est pas prêt.

Il faut bloquer l’adversaire et ne pas lui permettre de mener son jeu. Il y a des boxeurs très talentueux, mais c’est possible de prévoir leur stratégie.

C’est ce que mes entraineurs font – et quand je suis sur le ring je sais déjà comment déjouer leurs coups.

Mon mari, Igor, a un regard global sur les sportifs et j’essaie d’avoir le même. Cela fait partie de la boxe intelligente. J’ai mon équipe derrière moi, que je n’ai pas le droit de la decevoir, donc je dois mener le combat intelligemment.

Donc vous êtes vraiment complémentaires avec ton mari. Et en général dans les sports, les hommes et les femmes sont-ils complémentaires ? Est-ce plus facile pour une femme d’être entrainée par un homme?

Je ne sais pas. J’ai déjà été encadrée par une femme dans l’équipe de Russie, c’était génial.

Mais ensuite tous ces jeux d’hommes qui dirigent les femmes, partagent les bénéfices.

C’est comme ca dans la boxe féminine. Pourquoi nos boxeuses n’ont rien ramené des derniers JO? Parce que ce ne sont pas les bonnes personnes qui dirigent ! C’est tout le système qui ne fonctionne pas.

C’est le fait que les hommes dirigent les femmes qui ne fonctionne pas?

Non, un homme doit diriger une femme, c’est juste que ce sont les hommes qui ne sont pas compétents!

Il faut trouver d’autres qui sauront établir un bon système dans la boxe féminine.

Par exemple, comme au rugby. Tu as vu comment elles ont arraché la victoire aux JO? Et c’est le mérite de leur entraineur.

Et si on parle de la vie en général, est-ce normal que les hommes gouvernent plus les femmes dans le monde? A ton avis, est-ce qu’il faut changer quelque chose, lutter pour l’égalité des sexes?

Je trouve que c’est normal. Par exemple quand tu es mariée (en russe le mot « mariée » se traduit littéralement comme être « derrière le mari »).

Il y a des soucis que nous pouvons résoudre nous-mêmes, mais nous faisons confiance aux hommes dans les problèmes plus globaux. Nous avons notre opinion, nous l’exprimons et si nos maris ont tort, nous essayons des les convaincre délicatement. Nous sommes des femmes ! Nous avons nos petits secrets.

J’essaie de sourire et chercher le positif même dans des situations compliquées.

Alors on va parler un peu des secrets féminins.

Du manucure par exemple?

Tu veux que te montre mon beau vernis? Mais tu vois je me suis abimée le doigt à l’entrainement aujourd’hui.

Svetlana Koulakova, une des plus belles boxeuses du monde.
Svetlana Koulakova, une des plus belles boxeuses du monde.

Sveta, tu es pleine de contradictions – d’un coté, le manucure idéal, de l’autre – un doigt qui saigne. J’ai remarqué que tu es toute belle sur le ring – coiffure, maquillage etc. Et tes rivales font pareil?

Je me trouve au niveau ou les filles font très attention à leur apparence.

Elles sont toutes professionnelles et belles.

Il n’y a plus de simples combats à ce niveau, je donne une partie de moi à chaque fois, et je voudrais éviter le traumatisme au maximum.

Comment tu maintiens ta beauté au quotidien ? Tu fréquentes les salons de beauté?

Oui, je vais dans des salons. L’esthéticienne qui s’occupe de mon visage s’inquiète si elle voit des blessures. Elle est vraiment très professionnelle! 

Elle a travaillé avec Naomi Campbell, Maria Sharapova… et Svetlana Koulakova.

Sveta, pourrais-tu me dire, comment une championne du monde organise sa journée?

Je me lève tôt – à 6 heures. Si je n’ai pas d’entrainement, la première chose que je fais – je brosse les dents et je bois de l’eau. 2 verres d’eau fraiche sur le conseil de mon diététicien.

Ensuite je fais un peu d’échauffement. 50 pompes, 50 étirements, c’est obligatoire, je ne peux pas faire autrement.

Et ensuite je prépare le petit déjeuner, je réveille mon mari, je peux même lui emmener son café au lit.

Pas accessible pour tout le monde cet échauffement! Est-ce qu’il y a des exercices simples, mais efficaces? Un conseil de champion?

Svetlana Koulakova: comment elle s'entraine.
Svetlana Koulakova: comment elle s’entraine.

Le plus simple, c’est le matin, encore au lit, lever les jambes droites à 45 degrés, sans lever le corps.

Il y a aussi un exercice efficace : se coller au mur le dos droit, plier les genoux à 90 degrés.

Comme ca on sollicite pas mal de muscles et il n’y a pas de risque de se faire mal. 

Mais bien sur, il faut faire du sport, être actif et faire attention à ce que tu manges pendant la journée.

Et qu’est-ce que tu prends pour le petit déjeuner?

J’aime quelque chose qui n’est pas conseillé par le diététicien. Un sandwich avec du beurre et du fromage. Je suis obligée de manger du caviar pour plus de sel, même si je ne l’aime pas. Et un café fort avec un morceau de glace. Pourquoi avec de la glace? Parce que c’est bon! 

Oui, voila, c’est mon mix : sandwich au caviar de saumon, café noir et une glace.

Et si c’est un samedi, on fait quelque chose ensemble, par exemple, on emmène notre fille aux cours de théâtre. Et je prends des choses pour manger vite fait : du poulet, des crackers, des pommes…Et ensuite on va au cinéma ou chez ma mère. Ou en hiver on s’amuse à la patinoire en famille.

Sveta, tu connais la procrastination? Tu remets souvent les choses au lendemain?

Je l’ai eu une fois, je crois. On m’a demandé d’enregistrer un interview et passer un bonjour aux participants d’un tournoi et je ne l’ai toujours pas fait. Mais je crois qu’ils ne m’en veulent pas.

Sinon je fais toujours tout ce que je planifie.

Dis-moi, quelle est ta meilleure habitude?

Boire de l’eau tous les matins, ne manger du sucré que le weekend. 

Et encore, mon habitude principale – essayer de rire, sourire et chercher le positif même dans des situations compliquées.

La vie est grise et moi j’aime être positive, c’est mieux.

Et ta mauvaise habitude?

En tant que mère, je peux être très catégorique.

Chez nous c’est papa qui est gentil et maman plutôt tyrannique. Et surtout avant le combat! Tout le monde se cache. Et si maman perd du poids, c’est tout le monde qui perd! Tout le monde fait profil bas.

Bien sur qu’après je les remercie, j’embrasse tout le monde. Mais avant le combat je ne peux rien faire, je suis une vraie mégère. Pourtant j’essaie de changer, mais je n’y arrive pas trop.

Et aussi, je ne suis pas très ponctuelle pour les interviews et les rendez-vous.

Mais pas sur le ring!

La réussite pour une femme c’est d’être maman.”

Tu penses que tu es une femme réussie?

Oui, même sans avoir des millions, je trouve que je suis réussie. Parce que je suis entourée par mes amis et mes proches, tout va bien. Et je suis heureuse!

Donc tu es heureuse, quand tu as réussi?

Pour moi oui.

Svetlana Koulakova boxeuse russe reusite et bonheur
Svetlana Koulakova: Je suis heureuse.

Quand tout le monde est en bonne santé, quand tout va bien, tout est en harmonie – il n’y a pas mieux. Même si ma fille ne fait pas quelque chose… c’est pas grave.

Mais quand elle réussit – c’est ca le pur bonheur pour moi!

Pourrais-tu donner un conseil, comment être heureux tous les jours et avoir la joie de vivre?

Le plus important – c’est de se réveiller, se regarder dans le miroir et avoir le but d’être heureuse.

Tu as ouvert les yeux, tu souris… et même le soir – en t’endormant, tu t’imagines telle que tu voudrais être.

Et le matin tu t’enveloppes avec cette image et tu restes avec toute la journée. Tu l’as toujours sur toi!

Et c’est un conseil pour tout le monde. Je suis passée par la et je recommande!

Svetlana, merci beaucoup pour cet interview!

Toutes les photos sont de Svetlana Koulakova

Traduit par Olga FROMENTIN.

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